Par Martin Ménard – Augmenter les performances d’un tracteur de ferme, simplement par l’ajout d’une petite boîte électronique, voilà une pratique courante dans plusieurs fermes. Ce sujet est particulièrement intéressant, car c’est l’Omerta du milieu agricole! Peu de personnes osent affirmer que leur machinerie est modifiée. Mais parmi les exceptions, il y a les Choquettes…
Connus à travers le Québec, les Choquette d’Henryville sont des inconditionnels de mécanique, plus spécifiquement, de mécanique performante. La question n’a pas été soulevée, mais il ne serait pas surprenant que même leur tracteur à gazon bénéficie d’une puissance «non standard»! Dans cette sympathique entreprise familiale, la suralimentation des moteurs rejoint deux objectifs : l’efficacité au champ ou la compétition.
Plus de chevaux aux champs!
Au niveau agricole, il peut être utile d’augmenter le nombre de chevaux. En effet, il n’est pas rare qu’un tracteur manque tout juste assez de puissance pour pouvoir être utilisé efficacement pour une tâche. Pour Marc Choquette, ce phénomène ne fait pas de doute. « Nous effectuons beaucoup de déneigement, notamment pour la ville de Montréal. Dans ce contexte, nous avons fait l’acquisition d’un John Deere 8345R. Même s’il était le plus gros de sa catégorie, il manquait un peu de puissance pour opérer notre souffleur industriel. Après l’avoir fait vérifier par le concessionnaire, nous avons constaté qu’il générait les 345 chevaux pour lesquels il était vendu.
Nous l’avons donc modifié pour qu’il atteigne environ 380 chevaux. Le fait d’avoir plus de force diminue sa consommation de carburant, accroît le rendement et sa température n’a plus tendance à augmenter. Même pour l’opérateur, c’est plus agréable, car une machine n’est pas faite pour être constamment utilisée au maximum. » Les exemples en milieu agricole sont nombreux et M. Choquette mentionne le cas de son voisin. « Nous faisons de l’ensilage à forfait clé en main. Un de nos voisins a un silo qui fait environ 110 pieds de hauteur et il tenait à utiliser son tracteur et son souffleur. Notre rythme de récolte est rapide et son tracteur n’était pas assez puissant pour disposer efficacement de cette quantité, ce qui lui occasionnait des blocages. En plaçant un tracteur 30 % plus puissant, le travail s’est effectué à merveille. Bref, dans ce genre de situation, il vaut la peine d’aller chercher des chevaux supplémentaires ». La modification est rentable lorsqu’elle procure des gains de rendement ou des baisses de consommation, mais suralimenter un tracteur lorsque cela n’est pas nécessaire peut engendrer des pertes. «On appli que l’augmentation de puissance au besoin. Par exemple, nous réalisons de l’épandage de lisier à forfait, et cela n’exige pas une puissance maximale. Dans ce cas, nous réajustons l’injection à son niveau d’origine, autrement la consommation de carburant serait plus élevée », de préciser Marc.
C’est connu, la moissonneuse-batteuse est souvent l’élément sacré de la ferme. Mais cela n’empêche pas les Choquette d’y ajouter quelques chevaux! « Nous récoltons 2500 acres, en plus des superficies de nos clients. Pour ce faire, nous avons trois moissonneusesbatteuses huit rangs et celles-ci doivent fonc tionner à leur pleine capacité si nous voulons que tous soient satisfaits. Si vers la fin des récoltes, les conditions sont difficiles et que le sol plus mou ralentit les machines, nous augmentons le nombre de chevaux afin de conserver une vitesse d’environ 8 km/h. Évidemment, cela hausse la consommation de carburant, mais à ce moment de l’année, la priorité est de voir l’ouvrage avancer, » d’ajouter Marc. Pour les Choquette, la puissance est importante, mais elle ne doit pas handicaper la longévité de la machine. « Il ne faut pas perdre de vue qu’un tracteur a ses limites. Si nous augmentons la puissance, il faut le faire sans dépasser la capacité des autres composantes. Ici, nous ne dépassons pas 30 % d’augmentation, autrement la durée de vie en sera compromise. Aussi, nous choisissons les plus gros modèles de leur catégorie, car la structure est plus forte, les essieux plus gros, un système de refroidissement plus performant, etc. De cette façon, si nous voulons augmenter la puissance, le reste de la machine le supporte bien. »
Les camions aussi!
Sur cette ferme se trouvent pas moins de 41 unités motorisées. Des tracteurs, mais aussi plusieurs camions desservant différentes activités de transport. Ces derniers voient également leurs performances scrutées à la loupe. « Nous avons acquis un nouveau modèle l’an dernier et les gars trouvaient que sa puissance n’était pas élevée. Après l’avoir fait vérifier, il manquait en effet 100 chevaux sur 515… Un capteur faisait défaut! Sans l’avoir constaté, ce camion aurait continué de consommer inutilement du carburant tout en ne fournissant pas le rendement escompté. Nous avons maintenant acheté un ordinateur qui se branche au circuit électronique des camions. Cela nous permet de connaître les codes d’erreur sans devoir nous rendre au garage : une économie de temps et d’argent. Avec l’ordinateur, nous vérifions également la consommation de carburant chaque mois; un indice qui en révèle beaucoup sur la santé du véhicule. Dans la même lignée, certaines applications ne requièrent pas tous ces chevaux alors avec l’ordinateur, nous diminuons électroniquement la puissance réduisant le nombre de litres dépensés », de dire Marc.
Sur la piste…
À la ferme des Choquette, la modification de puissance sur les tracteurs de ferme n’est pas le fruit du hasard. De fait, cette famille carbure à la compétition depuis plusieurs années. Or, lorsque le terme «tires de tracteur » est formulé devant eux, il se produit quelque chose de particulier. Il est peut-être exagéré de dire que la terre arrête de tourner, mais disons que leur regard change. « Nous ne jouons pas au golf. Notre passe- temps, c’est la tire! Et quand nous nous déplaçons, ce n’est pas uniquement dans le but de participer, nous y allons pour gagner. Après tout, notre honneur est en jeu! », d’indiquer Léo Choquette, le patriarche.
L’art de modifier…
La question que plusieurs se posent : que peut-il bien se cacher sous les capots des Choquette? Évidemment, nous ne le serons jamais, car compétition oblige, les modifications sont gardées secrètes. « Sur les tracteurs de ferme, les modifications ne concernent que le système électronique d’injection. Mais sur les tracteurs de compétition, c’est une tout autre histoire! Nous coursons dans la classe ouverte et cela signifie qu’il n’y a pas de dynamomètre, pas de question : tout le monde sait que les tracteurs sont passablement modifiés! » de s’exclamer Marc en souriant. Son père ajoute cependant que si les compétiteurs demeurent très discrets concernant leurs modifications, c’est qu’elles sont le fruit de plusieurs années de labeur. « C’est ma trentième année en compétition et Dieu sait que des pistons fondus et des moteurs brûlés, nous en avons une collection! Trop de carburant en fonction du volume d’air, de nouvelles composantes qui fonctionnent mal, des ajouts qui ont été moins performants qu’on pensait… Bref, il n’y a pas de recette miracle; c’est l’expérience et les erreurs qui amènent les bons ajustements. »
Lors de la belle saison, les tracteurs portant l’étendard des Choquette coursent dans différentes régions du Québec. Une passion qui exige une somme impressionnante d’argent et de temps. « Avant, une fois que les travaux printaniers étaient terminés, nous démontions littéralement des tracteurs de ferme afin de les adapter pour la saison de tires. Par exemple, un John Deere 7710 quatre roues motrices voyait son essieu et son différentiel avant être changés pour un petit essieu deux roues motrices, les vitres étaient enlevées tout comme le système hydraulique, etc. On enlevait tout ce qu’on pouvait de poids, et donnait tout ce qu’on pouvait de plus au moteur, système d’alimentation… Au début c’était assez long, mais avec le temps ça nous prend une seule journée à trois gars. Il s’agit d’une véritable métamorphose! Aujourd’hui, nous avons deux tracteurs qui servent uniquement aux tires. Le troisième, celui que j’utilise (!), fait de la neige l’hiver et est modifié pour l’été», raconte Marc Choquette. Pour Léo Choquette, il s’agit de plusieurs heures, mais le plaisir est de la partie. « Durant le jour on travaille comme tout le monde, et le soir, mes gars et moi nous retrouvons dans le garage à préparer les machines. Je me rappelle d’un certain vendredi. Il était environ 18 h et le tracteur n’avait pas de moteur, car nous l’avions brûlé la semaine d’avant. C’est alors que l’idée folle d’aller aux tires de Saint-Damase nous passe par la tête. On s’est afféré à le remonter en un temps record, nous avons mis le tracteur sur le fardier et l’avons laissé tourner lors du transport en guise de rodage, et quelques minutes après notre arrivée, à 22 h 45, Daniel remportait la première place avec! Oui, il y a le défi mécanique, la foule qui crie, l’adrénaline, mais ce que nous aimons, c’est aussi l’aspect social. C’est un milieu où tout le monde se connaît, nous amenons nos familles, l’ambiance est super.»
L’expérience…
Devant de si fiers compétiteurs, nous sommes tentés de leur demander ce qui fait la différence. « Au-delà de la puissance, le type de pneu utilisé en fonction du type de sol tout et le balancement sont excessivement importants. Il peut parfois arriver qu’un gars me batte avec un tracteur ayant 200 forces de moins et ce, parce ce que ses roues dérapent moins engendrant une meilleure traction. Mais nous on vise le spectacle, le rugissement extrême du moteur, la vitesse maximale », de résu mer Léo Cho quette.
L’expérience du pilote y joue pour beaucoup et à ce sujet, Marc émet le commentaire suivant : « Ce sont des tracteurs extrêmement puissants. Et le pilote joue pour beaucoup dans la victoire, car 50 % de la compétition se fait avec les freins. Quand la piste est molle, c’est la façon de diriger le tracteur. Il doit aussi conserver le bon TRM de sorte que le moteur ne se fasse pas mourir ou à l’inverse, que les roues ne patinent pas trop. Aussi, n’oublions pas que les roues tournent à 45 km/h, et que la machine avance seulement à 17-18 km/h. Les pistes sont étroites et la foule est proche alors l’une des qua lités essentielles d’un pilote, c’est d’être calme.»
La meilleure marque?
Histoire de mettre un peu de piquant dans cet article, il est intéressant de savoir si ces trois maniaques de machineries ont la même marque tatouée sur le coeur. Pour Léo Choquette, en dépit du fait que son tracteur de compétition soit un puissant Case, il trouve du bon dans les autres couleurs. Ses fils Daniel et Marc sont toutefois plus catégoriques : « Les meilleurs? John Deere. Et sans l’ombre d’un doute! Des tracteurs qui ont plus de force, et sont plus durables aussi. »
Comment modifier son tracteur?
L’Utili-Terre n’a pas fait de recherches exhaustives sur tous les produits destinés à augmenter la puisance d’un tracteur. Mais il suffit de quelques minutes sur Internet pour trouver des produits conçus pour majorer jusqu’à 30 % les performances. Si nous prenons l’exemple du site www.dieselservices.com, il offre la Smartbox qui pour environ 650 $ s’installe en quelques minutes sur le tracteur. En donnant un coup de téléphone, le vendeur mentionnait que certains modèles ont un interrupteur permettant au producteur de choisir du bout des doigts s’il veut augmenter la puissance de 15 ou 30%. Les prix du produit autmentent pour les tracteurs ayant plus de 200 chevaux et il est important d’acheter le bon produit en fonctione de son modèle de tracteur. Pour les personnes qui n’aiment pas les achats par téléphone ou par Internet, il suffit de demander à votre concessionnaire, qui vous guidera vers une entreprise qui peut exécuter ce genre d’augmentation…
L’objectif d’augmenter la puissance d’un tracteur consiste à lui donner une marge supplémentaire afin de réduire la consommation de carburant ou d’exécuter des tâches qui étaient difficilement possibles auparavant. Mais de l’Avis de plusieurs intervenants, à commencer par les compagnies sérieuses qui vendent les mécanismes de suralimentation, il ne faut pas exagérer dans l’augmentation de chevaux. Il ne faut également pas utiliser constamment au maximum les capacités majorées d’un tracteur, autrement la machine fera l’objet d’une usure prématurée. Finalement, il faut être conscient qu’un producteur qui augmente la puissance de son tracteur court le risque de voir sa garantie annulée par le conscessionnaire ou le manufacturier. L’Histoire des garanties est la raison qui explique pourquoi l’augmentation de la puissance est entourée de bien des secrets.

Le dernier magazine L’Utili-Terre, livré avec votre Terre du 15 avril dernier contenait un reportage sur les tracteurs modifiés. En vedette, on y présentait la famille Choquette d’Henryville. Malheureusement, nous avons appris que l’une des personnes interrogées dans cet article, Marc Choquette, est subitement décédé le 13 avril 2010. Nous tenons à souhaiter nos sincères condoléances à la famille éprouvée. Voici d’ailleurs un mot de son frère Daniel : « Nous désirons remercier Marc pour tous ces beaux projets qu’il avait entrepris. Étant très impliqué, il va laisser un grand vide dans le coeur de chacun d’entre nous. Marc était le leader, le rassembleur. Il n’y avait jamais de problème à ses yeux; seulement des solutions. Il pensait d’ailleurs beaucoup plus aux autres qu’à lui. Marc était un travailleur acharné. Il ne regardait pas les heures, mais uniquement le résultat de ses nombreux projets accomplis. Suite à ce triste événement, la Famille Choquette et l’entreprise Transport D.M. Choquette continueront néanmoins leurs opérations, et ce, en offrant le même service de qualité. C’est grâce au support des amis, employés, clients et j’en passe que nous pouvons surmonter cette dure épreuve que le ciel nous a envoyée. »