Par Martin Ménard – Dans la production de maïs, la densification des populations est une stratégie employée par plusieurs céréaliers pour tirer le maximum de leurs terres. La distance entre les tiges étant limitée, les planteurs espacés aux 30 pouces voient un jour leurs possibilités plafonnées. Par conséquent, des producteurs ambitieux ont déjà utilisé ou même fait l’acquisition de planteur à rangs jumelés, une machinerie qui suscite de plus en plus d’intérêt.
Les différents planteurs
Kinze 3000
Le premier producteur rencontré, Mathieu Pigeon de la Ferme Agri G. et M. inc., a eu recours à un planteur pneumatique huit rangs de marque Kinze que lui a prêté son concessionnaire New Holland. « Strictement en ce qui concerne équipement, ce que j’aime du rang jumelé, c’est de pouvoir augmenter les populations sans devoir changer le parc de machineries (comme c’est le cas avec les semis de maïs aux 20 pouces). Je vais donc employer la même moissonneuse-batteuse, et l’espacement entre les rangs me permet, avec des pneus de 15 pouces de largeur, d’épandre de l’herbicide ou de l’azote sans problème. » Sur le planteur, les unités de semis sont disposées sur deux rangées, l’une à l’avant et l’autre à l’arrière. « Le fait que ce planteur ait des rangs jumelés sur une autre rangée, et non pas à côté des rangs standards, ne crée pas de contrainte d’espacement entre les boîtes de semences. Cela se traduit par un accès facile qui permet, non seulement un entretien aisé des composantes, mais de charger les sacs de semences sans faire de contorsions, mentionne Mathieu Bernier, représentant chez le concessionnaire Inotrac. Cette disposition des unités est également avantageuse pour ceux qui travaillent en semis direct, en raison d’un dégagement supérieur pour les résidus. » Monsieur Bernier ne cache pas l’attraction que suscite le rang jumelé auprès de sa clientèle : « C’est certain qu’il y a beaucoup d’intérêt de la part des producteurs. Les gens sont curieux de voir les résultats associés aux rangs jumelés. Si les rendements supérieurs sont au rendez-vous, plusieurs de mes clients vont sérieusement en considérer l’achat. » Concernant les modèles disponibles, Kinze offre des planteurs à rangs jumelés de huit à 32 rangs (équivalent des planteurs de quatre à 16 rangs dans le conventionnel). Plusieurs options sont au menu : système de semis direct, ajustement pneumatique de la profondeur, ensemble de fertilisation liquide ou section pivotante pour le transport (sauf le modèle à huit rangs qui ne se replie pas), etc. « Le système pivotant est particulièrement prisé des agriculteurs. Et c’est toute une différence, car si nous prenons un modèle comprenant 16 rangs jumelés, qui fait près de 22 pieds de large en champ, une fois plié, il n’occupera qu’une largeur de 11 pieds sur la route, » précise M. Bernier.
Au champ, Mathieu Pigeon s’est dit satisfait de ce planteur. « Le modèle que nous avons utilisé comprenait une fertilisation granulaire. J’étais inquiet à ce sujet, car le disque d’engrais était au centre des rangs jumelés, soit à quatre pouces des plants. Mais au stade trois feuilles nous avons excavé le sol près de quelques plants et les racines étaient directement dans la bande d’engrais. Le positionnement d’engrais me semble donc correct, du moins, pour les conditions de 2010. Dans l’ensemble, les semis ont très bien été. J’ai aimé la vitesse du planteur à rangs jumelés. À 8 km/h, j’ai pu mettre des populations qui auraient nécessité des vitesses beaucoup plus lentes avec un planteur conventionnel. »
Great Plains YP-16
« Pour le choix de machineries, le premier facteur concernait l’option du semis en quinconce (semer le maïs en zigzag). Ensuite, nous voulions une machine qui avait fait ses preuves. Or, l’hiver dernier, j’ai rencontré des producteurs américains dont les rendements étaient parmi les meilleurs, et ces derniers utilisaient des modèles Great Plains. C’est donc ce que nous avons commandé, » résume Jocelyn Leblanc, le deuxième producteur interrogé. Son modèle, le YP-16, comporte 32 rangs jumelés et couvre une superficie au champ de 40 pieds de large. L’un des premiers éléments qu’apprécie ce producteur est la boîte de semences : « Sa capacité est excellente (82 boisseaux), ce qui est cohérent avec nos hausses de population et nos besoins d’autonomie sur le terrain. Le chargement des semences s’effectue rapidement. La boîte est conçue pour être enlevée et changée simplement en utilisant un chargeur à fourches. Cela nous permettrait de changer de variété en un tour de main, mais aussi, ce système implique une porte bloquant l’écoulement des semences. Si un amas de semences se forme et en obstrue le passage, nous pouvons fermer l’écoulement en amont, ouvrir la porte sous le planteur et régler le problème sans être obligés de vider le contenu. »
« Cette machine est pourvue d’un système de fermeture des rangs commandé directement à partir de la cabine du tracteur. Quatre rangs jumelés sont fermés à la fois. Les producteurs désirant être encore plus précis peuvent mettre la main sur un dispositif fermant deux rangs jumelés à la fois. Évidemment, tout est compatible avec une approche de semis à taux variable. »
Selon les chiffres de M. Bourque, un planteur à 16 rangs jumelés coûte environ 25 000 $ de plus que sa version conventionnelle à huit rangs. Pour les curieux, le plus gros modèle Great Plains, de 48 rangs jumelés, couvrant 60 pieds de large, vaut environ 240 000 $. Chez Great Plains, le rang jumelé est offert pour des planteurs couvrant huit à 48 rangs jumelés (quatre à 24 rangs conventionnels) et plusieurs options sont disponibles.
John Deere Twin Row
N’asseyez pas de trouver ce modèle chez un concessionnaire, car il est le fruit du travail de Francois Tétreault et de son équipe; les derniers producteurs rencontrés. Ces concepteurs étant en attente de brevets, il est impossible de présenter en détail leur nouveau planteur.
Des planteurs à la mode
Certains producteurs québécois ont adapté des planteurs, d’autres ont acheté des modèles fabriqués en usine spécialement pour le rang jumelé. Est-ce que le rang jumelé sera une mode? De toute évidence, il attire beaucoup l’attention. Parmi les modèles déjà sur le marché, les producteurs doivent bien se renseigner. En effet, il y a des différences de construction; certains ont un ajustement du semis en quinconce plus facile, d’autres ne sont pas offerts, dans certains formats, pour dispenser l’engrais granulaire, etc. Il s’agit pour chaque producteur de comparer ses besoins. Chose certaine, vous êtes conviés à la deu xième partie de ce dossier sur les rangs jumelés, portant sur les avantages de cette pratique. Nous y présenterons aussi les tests de semis effectués par les trois producteurs mentionnés dans cet article. Rendez-vous dans l’édition de Grandes Cultures du mois d’octobre!

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