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  • date 12.08.2010
  • heure 14:33

La famille Haeck – Des idées florissantes

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Par Michel Beaunoyer – C’est en 1960 que Willy Haeck trouve une terre où installer ses serres. « Nous n’avions pas beaucoup d’argent, se remémore l’horticulteur. Des terres de roches, c’était tout ce qu’on pouvait s’offrir. » Ceci étant dit, l’implantation de serres ne demande pas des terres de bonne qualité. Mais la terre des Haeck est en pente, ce qui a rendu la construction complexes et l’entretien du site ardu. Au fil de la conversation avec les trois générations d’horticulteurs, cette dénivellation des terres reviendra constamment, sous forme de blague, hanter le fondateur de l’entreprise. Mais Willy est le premier à en rire.

Dans les années 1960, Willy Haeck, d’origine belge, s’est tout d’abord consacré à la production de légumes. Les fleurs annuelles n’étaient alors qu’une curiosité pour le consommateur. La première serre était constituée de panneaux de verre. Au fil des ans, la technologie a progressé. Aujourd’hui, la centaine de serres de la ferme, couvrent 400 000 pieds carrés et sont recouvertes de membrane plastique. À la fin des années 1970, une initiative du gouvernement provincial créait les concours des villes et villages fleuris, donnant un essor à toute l’industrie horticole québécoise. « Je ne pense pas que les politiciens savaient à quel point cette idée allait avoir un impact positif sur notre entreprise, se remémore Willy Haeck. Un tel coup de pouce serait bien venu aujourd’hui. » En effet, même si les Québécois ont pris l’habitude de fleurir leur résidence, le mouvement s’essouffle un peu, les horaires modernes laissent de moins en moins de temps pour la pratique de ce passe-temps. Toutefois, Willy, son fils Ronald et son petit-fils Mathieu sont optimistes. Chaque année apporte son projet : ajouter une nouvelle serre au parc existant. La mise en marché est bien rodée, avec des ventes directes auprès de grandes surfaces et dans deux marchés publiques de Montréal. En plus, l’entreprise livre des fleurs à certaines municipalités, si elle obtient le contrat sous appel d’offres.

La grande particularité de ce type de production est que la période de livraison des fleurs est courte et intense. « Tout le monde veut planter ses fleurs le même weekend! » résume Ronald.

Pour l’entreprise Willy Haeck et fils, satisfaire cette clientèle demande toute une organisation. Il faut que les fleurs de diverses variétés soient prêtes à temps et que les livraisons s’enchaînent sans heurts. C’est là où l’esprit d’invention des membres de cette famille entre en ligne de compte. Le travail en serre demande une forte contribution en main-d’oeuvre. Les plus intéressantes créations de cette famille visent justement à alléger les manipulations ou encore à accélérer le processus de production.

Avant même le début de la saison de production, certaines serres doivent être couvertes d’une nouvelle membrane plastique. Pour effectuer cette opération avec un minimum d’efforts, la famille utilise un bras télescopique portant un dérouleur. Le tout est supporté par la pelle chargeuse d’un tracteur. Une roue contrôle la vitesse de déroulement du rouleau. Un opérateur sur le tracteur aidé de quatre paires de bras au sol réussit à recouvrir rapidement la structure métallique sans effort et surtout, sans devoir travailler dans les hauteurs.

La production horticole demande aussi l’application de pesticides et de fongicides à divers stades de développement de la plante. Pour livrer ces produits aux plantes, Ronald a converti un tracteur muni d’une tondeuse à gazon frontale. Avec un système d’attache rapide, il peut retirer la tondeuse et installer une unité composée d’une pompe, activée par le PTO du tracteur, d’un réservoir et d’un dévidoir pour le tuyau. L’opérateur peut ainsi se déplacer d’une serre à l’autre et traiter les plantes. Avant, un tracteur et une remorque étaient dédiés à cette tâche.

Souvent, la production des équipements conçus par la famille, est confiée à un atelier extérieur. Ou encore, comme le souligne Ronald, les fournisseurs spécialisés dans l’équipement de serriculture sont en mesure d’ajuster certains produits aux spécifications de ce client innovateur.

« Nos bonnes idées se retrouvent alors à l’occasion dans leur catalogue, par la suite, » explique le patenteux. Il donne en exemple des écrans thermiques latéraux protégeant les structures des coups de chaleur commandés pour sa ferme et aujourd’hui disponibles pour tous.

Faciliter le travail

Des rampes et convoyeurs ont été développés pour approvisionner les serres en caissettes, terre et plantules à semer. Cette approche mécanisée réduit d’autant l’intensité du labeur pour les travailleurs.

Comme nous l’explique notre créatif trio, la production de fleurs en pots a beaucoup évolué et aujourd’hui, les produits doivent être livrés en différents types de contenants. Pour se simplifier la vie, des supports permettent de remplir rapidement des pots de différentes dimensions directement sur la table de travail.

L’automatisation de certains processus semblera parfois surprenante. Ainsi, la famille de patenteux a conçu un arrosoir automatique qui fonctionne selon le principe d’un lave-auto. Cela leur permet d’arroser régulièrement des quantités astronomiques de fleurs en pots et en barquettes. Des supports à roulettes pouvant contenir quatre étages de pots de fleurs sont placés sous des porches mobiles. Sur ces structures, des rampes d’irrigations récupérées lancent l’eau par une série de buses. La rampe se déplace le   long des supports et asperge la totalité des fleurs. L’effet est impressionnant.

Le transport de ces supports des serres à la salle d’arrosage ou vers les camions de livraison se fait grâce à l’un des trois transporteurs motorisés de la ferme. C’est Willy qui a mis au point lui-même le premier prototype de cet étrange véhicule. Il a la particularité de posséder une plate-forme s’abaissant hydrauliquement pour en faciliter le chargement. Quatre charriots peuvent être arrimés sécuritairement sur cette plateforme, ce qui rend beaucoup plus facile l’assemblage des commandes.

« La première version, explique Willy, n’était pas assez puissante pour le profil du terrain. Ce n’était pas mon erreur, mais celle des gens qui m’ont vendu le moteur. La situation a été corrigée et les nouvelles versions sont très efficaces. » Un des avantages de cette machine est qu’elle est assez basse pour entrer dans les serres, mais aussi, que l’opérateur conduit debout, ce qui lui accorde une visibilité exceptionnelle. Question de faciliter les déplacements de la marchandise, la ferme s’est dotée de Fourches doubles sur le chargeur. Cela permet de soulever deux palettes d’un seul coup. La configuration garantit une grande stabilité et de plus, des goupilles permettent de fixer ou de retirer rapidement les fourches supplémentaires. Dans le même local que l’arroseuse automatique, on retrouve une enrubanneuse servant à protéger les plantes sur le support avant leur livraison. La machine a été achetée usagée. Elle a été modifiée par l’équipe Haeck afin de pouvoir bien recouvrir les charriots et leur contenu. La dalle de béton du plancher a dû être excavée pour l’accueillir.

Une idée écologique

Entre les membres de la famille les idées circulent librement. Du grand-père Willy au petit-fils Mathieu en passant par Ronald, difficile de distinguer où commence la contribution de l’un et où se termine la participation de l’autre. Un des beaux projets collectifs est sans contredit le système de récupération d’eau des serres.

On peut comprendre aisément que la production horticole nécessite de grandes quantités d’eau. C’est Willy qui a posé les premiers gestes alors que son fils et son petit-fils ont ensuite élargit la pratique. Le principe est simple. Les tables sur lesquelles reposent les pots de fleurs sont légèrement inclinées. Cette pente permet d’alimenter les plantes avec de l’eau qui glissera par gravité jusqu’à l’autre extrémité où elle sera récupérée dans des barils. Par la suite, cette eau est pompée dans les réservoirs de tête avant d’entreprendre un nouveau circuit.

Selon le concepteur du système, cette façon de faire a réduit d’environ 95 % les volumes d’eau utilisée par l’entreprise. De plus, le système permet de récupérer 75 % des engrais qui seraient autrement lessivés. Non seulement il s’agit ici d’une économie sur les coûts d’intrants, mais l’approche a un impact à double détente sur l’environnement en réduisant la consommation d’eau et en captant les engrais.

« C’est possible d’acheter ce genre de système de récupération sur le marché, concède Willy Haeck. Mais non seulement ils sont hors de prix, mais ils s’appliquent surtout à de grandes installations centralisées. Nous préférons avoir un réseau plus limité, pour la bonne raison qu’en cas de maladie, nous ne voulons pas contaminer toute la production. » Il avoue toutefois que la mise au point de ce système adapté a demandé des heures et des heures de réflexion, et quelques nuits blanches. « Ça l’air de rien, mais c’est assez complexe, » résume-t-il.

Entre autres choses, il fallait trouver des pompes et des conduites conçues pour résister à l’assaut des engrais chimiques. De plus, la terre étant entraînée par l’eau d’irrigation, doit être récupérée. La solution a été de glisser un sac filtrant à la conduite menant au baril, en bout de parcours. Il est facile de retirer ce sac, et de le vider régulièrement.

Dans l’atelier

Lors de notre passage les trois comparses patenteux ont refusé de nous montrer leur atelier, prétextant qu’il y régnait un désordre innommable. Qui sait, il n’est par interdit de penser qu’une patente secrète y est en cours de réalisation. Par contre, ce que nos trois hôtes arrivent à dire, c’est que l’atelier est bien équipé, permettant d’effectuer les travaux d’entretien sur les équipements, mais aussi de développer des machines originales. C’est là qu’a vu le jour une niveleuse très efficace. Conçu sur un châssis d’une charrue semi-portée à quatre rangs, elle permet d’entretenir les chemins pentus de la propriété, ayant tendance à être particulièrement affectés par l’érosion lors de fortes pluies.

De l’assemblage, en grande partie réalisé par Mathieu, on ne reconnaît que la poutre centrale d’origine et une roue guide. Le reste de l’appareil a été transformé et testé rigoureusement. « Le but était de bien répartir la terre et ne pas créer d’amoncellements, explique le jeune patenteux. Les rails sur le côté assurent que la terre ne va pas déborder du chemin. Les lames sont aussi positionnées de telle façon que leur travail combiné livre une surface bien lisse. »

Alors que s’achève la tournée de cette ferme, Willy Haeck tient à souligner que l’innovation y aura toujours sa place. « Il nous faudra toujours investir dans les équipements plus modernes et plus efficaces, pour nous assurer de tirer notre épingle du jeu dans un secteur plutôt saturé, où la qualité fait la différence. »

 

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