Par Michel Beaunoyer – Réjean Beaudoin de Saint-Julien est le genre de patenteux à être tombé dans le bricolage à la sortie du berceau, et peut-être même avant. Ancien producteur agricole converti au camionnage, par nécessité, il est devenu un patenteux dont les machines semblent sorties de l’usine. S’il exploite encore, avec son fils Guy, les terres à bois et l’érablière de sa propriété, c’est dans son atelier qu’il semble constamment attiré.
Réjean Beaudoin représente la troisième génération à occuper ces terres vallonnées. Toutefois, il réalise rapidement, dans les années 1970, qu’il n’arrivera pas à tirer une subsistance pour sa famille de cette ferme. Il s’est donc lancé dans le métier de camionneur, tout en conservant la ferme. Les terres, soit quelque 30 hectares de pâturage, ont été louées à des éleveurs. Le boisé d’une soixantaine d’hectares, sur lequel se trouve une érablière, est resté son terrain de jeu privé.
Durant toutes ces années et même aujourd’hui, non seulement notre patenteux tire de cette forêt mixte une production de sirop d’érable, grâce à 1500 entailles sous tubulures, mais aussi du bois de chauffage commercial et un peu de bois de sciage. S’il a passé sa vie à conduire de la machinerie lourde puis des camions, il ne fait aucun doute que notre patenteux éprouve beaucoup d’attachement pour cette terre ancestrale.
Si nous présentons Réjean Beaudoin comme notre patenteux du mois, c’est parce qu’il exerce son sens de l’innovation depuis de nombreuses années et parce que le nombre de ses réalisations ne cesse de croître. Il n’était pas très vieux quand il a réalisé ses premières patentes. Alors, il vivait sur une petite ferme laitière et forestière, un terreau fertile pour la créativité.
« Si je me souviens bien, ma première vraie patente était une souffleuse à neige, en bois, activée à la manivelle », lance en riant M. Beaudoin. Comme il le dit, il a « bébellé » dans l’atelier paternel durant toute sa jeunesse. Plus vieux, dès son mariage, il a commencé à investir dans son coffre à outils. Très économe, il s’offrait un outil lors d’occasions spéciales, sachant qu’il en avait besoin pour ses constructions. Cela explique pourquoi aujourd’hui, Réjean Beaudoin a l’un des ateliers les mieux équipés qu’il nous a été donné de découvrir dans ces pages. Pendant plusieurs années, notre patenteux a profité du fait qu’il ne travaillait pas l’hiver pour passer de longues heures dans son atelier. Les incontournables remorques se sont succédé et sophistiquées. Puis, des machines plus complexes ont commencé à apparaître.
Il ne faut pas se surprendre de découvrir que parmi les premières patentes de M. Beaudoin, on trouve des véhicules récréatifs. Les photos de famille que nous propose Réjean Beaudoin sont éloquentes. On y voit un petit bolide mû par un moteur et une transmission de motoneige. Entre nous, ce véhicule pouvait atteindre des pointes de plus de 70 km/h!
Une autre photo nous montre un minitracteur, photographié en 1982, qui permettait de rejoindre la cabane à sucre en toutes saisons. Ce VTT de conception maison possédait un différentiel de pick-up Mazda et un moteur Honda de 10 forces. Le réducteur de vitesse dans la boîte d’engrenage en faisait un véhicule lent, mais très puissant. « La transmission était à courroie, explique le patenteux, mais ce n’était pas assez fort. » La machine a donc subi plusieurs transformations durant sa valeureuse carrière.
Objectif : récupération
Notre patenteux nous explique qu’il est très concerné par la récupération, s’adonnant à la collecte des déchets de métal à la maison, bien avant la mise en place de la collecte municipale.
Certaines de ces premières machines ont été vendues à des passants. Un petit chargeur articulé, fabriqué à partir d’une voiture compacte des années 1960, a été cédé à un producteur forestier de la région. « Ça me faisait de l’argent pour financer mes autres projets », témoigne M.Beaudoin. Il est même arrivé que notre patenteux réponde à des commandes.
S’il aime bien bricoler avec les matériaux disponibles, lorsqu’un client fait une commande, il n’utilise que de l’acier neuf et de bonne qualité. Même chose pour certains de ses projets qu’il souhaite durables.
Si son atelier accepte les commandes depuis les années 1990, les équipements sortant de son atelier sont souvent destinés à une utilisation sur sa propre ferme.
Des patrons pour se guider
Si les idées lui viennent aisément, notre patenteux avoue que pour réduire les risques d’erreurs dans la confection de pièces plus compliquées, il n’hésite pas à se faire des patrons pour se guider. Plus le temps passe et moins il se trompe, mais il met toujours toutes les chances de son côté.
Le travail en forêt occupe beaucoup de temps dans l’horaire du patenteux. Si ce dernier a confié les rênes de la ferme à son garçon Guy, il y a maintenant sept ans, il demeure très actif sur le terrain. Ce fils, qui gagne sa vie en opérant des machines forestières ou d’excavation, a de longue date été associé aux projets de son père. Il a été, dès son plus jeune âge, la « paire de mains » qui manquait à son père lors de la réalisation des machines plus complexes. Encore aujourd’hui, les deux générations travaillent coude à coude quand Guy trouve le temps.
Les deux hommes font aussi beaucoup de travail ensemble sur le terrain. Les équipements servent souvent à rendre les tâches plus simples à réaliser.
Le projet en cours
Si on devait mesurer la qualité d’un patenteux à l’aune de sa plus belle création, Réjean Beaudoin obtiendrait une note exceptionnelle pour le projet qu’il est en train de réaliser dans son atelier. Entreprise il y a plus de dix ans, et entrecoupée de périodes d’abandon, la construction de ce porteur forestier à huit roues motrices progresse maintenant à bonne vitesse. Tout un projet en fait! « On construit la machine sans plan, au pif, nous dit le maître mécanicien. Pour nous, c’est un grand défi, mais ça va bien. Je suis présentement à travailler sur le chargeur. »
Au coeur de cette machine, un moteur usagé Perkins de quatre cylindres, tellement bien remis en condition qu’on jurerait un neuf. Et le reste de la machine est à l’avenant. Le châssis d’acier, les roues tandem, les appareils de contrôle, on n’entend pas à rire, ce sera, comme le déclare notre patenteux, « une Cadillac ».
En nous approchant pour voir la bête de plus près, on constate le niveau d’excellence de notre patenteux. La conception est intelligente et la construction robuste. Les pièces nécessitant de l’entretien sont facilement accessibles. Beaucoup de travail reste à faire, mais on sent que le patenteux approchant du but, redouble d’ardeur.
Il ne fait aucun doute que cette nouvelle machine de haute qualité représente un beau défi technique pour notre patenteux, et une occasion de démontrer son savoir-faire.

félicitations pour ton ingénérie,et bonne chance dans tes projets futurs.merçi pour votre présence samedi aux funérailles de Marielle.